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Chapitre 1

Laszlo

 

Je ne tue jamais le lundi.

C’est une question d’exigence personnelle et de rythme. Il ne faut y voir ni superstition, ni vieille habitude de célibataire. J’ai toujours préféré les fins de semaine pour réaliser cette partie de mon œuvre.

 

Ma vie est réglée comme une partition.

Le lundi, je travaille à la maison.

À la maison, tout est propre et rangé. J’y veille personnellement, je fais le ménage moi-même, et ce n’est pas une question d’argent, mais de principe : il n’est pas envisageable de laisser quiconque voir mon linge sale, mes brouillons dans les corbeilles, toutes les imperfections que mon corps évacue, et qui finissent en poussière. Je suis parfois un peu maniaque pour l’ordre et la propreté.

(...)

Chapitre 15

Arthur

 

J’ai déjeuné chez tante Sophie qui est venue me chercher à la place de Maman aujourd’hui, parce qu’elle allait déjeuner avec un ami. On a mangé des saucisses grillées et des petites pommes de terre sautées. Après, Sophie m’a raconté une histoire, et puis j’ai joué avec Martin à Othello. Il y a un damier de soixante-quatre cases, et deux joueurs. Au début on met deux pions de chaque couleur au milieu en diagonale. Ensuite chaque joueur pioche un nouveau pion et le pose sur le damier pour entourer des pions de l’autre. Quand on a entouré des pions de l’autre on les retourne et ils changent de couleur. À la fin celui qui a le plus de pions de sa couleur a gagné. Je joue souvent avec Martin et il me bat à chaque fois. Maman perd quelquefois contre moi, je ne sais pas si elle fait exprès mais ça me fait quand même plaisir.

Comme Maman n’arrivait pas, j’ai posé mon cartable sur la table du salon pour faire mes devoirs, une poésie à apprendre, les soustractions, tout ça… Facile ! Puis j’ai sorti Harry Potter 4, j’en étais à la première épreuve de la coupe des trois sorciers, où Harry doit voler l’œuf d’or au terrible dragon… Je l’ai déjà lu mais c’est trop bien !

Maman a sonné et je n’ai même pas eu le temps de courir à la porte, ma marraine avait déjà fait le chemin, et Maman a dû répondre à tout un tas de questions. Je ne l’avais jamais vue comme ça. On aurait dit un rayon de soleil qui souriait. Elle ne voulait pas trop parler et m’a fait signe de me préparer. Quand elle a claqué la porte, je l’ai vue faire un signe de téléphone à Sophie en souriant et en levant les yeux au plafond. Sur le chemin du retour, elle était gaie, on courait en se donnant la main, elle m’a acheté un éclair au chocolat, on a récité une poésie que j’avais apprise le matin à l’école et qu’elle connaissait. La seule chose un peu triste dans ce poème, c’est que ça parle d’un Papa… Moi je n’ai plus de Papa, et quand la maîtresse m’a demandé de le lire à haute voix pour toute la classe, j’avais une grosse boule dans la gorge. Les devinettes, c’est Maman, les jeux, c’est Maman, les devoirs c’est encore Maman. Les histoires, les cadeaux, les parties de foot, c’est toujours Maman.

Quand nous arrivons, elle est tellement de bonne humeur qu’elle oublie de me dire d’aller travailler ma flûte et mon solfège, et on va préparer des crêpes.

(...)


Chapitre 17

Lorraine

 

Dimanche 14 octobre, en début d’après-midi.

 

Mardi soir… je le revois mardi soir ! Quand il a proposé ce rendez-vous, j’ai eu du mal à cacher un sourire. Nul ne sait où me mènera cette aventure, mais Laszlo me plaît, et puis ce n’est pas comme avancer en terrain inconnu. Il y a ces mois passés à discuter, il y a cette attente, ce désir de le rencontrer qui est lentement apparu, sans que je force le destin. Comment ne pas se laisser aller à rêver, à quoi bon se protéger ? La vie est courte, je veux en profiter… Depuis mon divorce, j’ai ressenti de façon aiguë ce besoin de vivre en faisant ce qui me plaît, de ne pas refuser les petites aventures de la vie que je m’interdisais auparavant, par fidélité, par amour, mais peut-être aussi par paresse ou par indifférence. Il me semble avoir gagné en ouverture, en vivacité, depuis que je vis seule. Il y a des hauts et des bas, le moral est peut-être plus souvent en berne, mais je suis aussi plus gaie. « À l’affût, en chasse, tous les sens aux aguets », me dit parfois Sophie en se moquant gentiment. Elle a raison, mais il n’y a pas que les hommes que je chasse. C’est dans la vie de tous les jours que je me trouve changée, dans ma façon de regarder les gens dans la rue, de remercier les commerçants, de donner une pièce au mendiant au coin du boulevard, d’apprécier les remarques de mes élèves, ou encore de profiter d’une simple balade comme si elle était une invitation au voyage.

Je me prends à imaginer le couple que nous pourrions former… Je sais qu’il est trop tôt, que je me laisse griser par la surprise et l’enchantement de cette rencontre inattendue. Ma vie est-elle ce conte de fées ? Il était une fois un prince charmant, riche et célèbre, qui rencontra une jeune bergère… Si ce n’est pas aujourd’hui que je peux rêver à cette histoire, quand le ferai-je ? Quand il sera trop tard ? Quand ça n’aura pas marché ? Quand il se sera lassé, ou même peut-être avant cela, ce soir, demain, quand il regrettera d’avoir donné son rendez-vous !

 

 

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